Louer une Harley-Davidson à Los Angeles et la rendre à Chicago, quelque 3 700 kilomètres plus loin : sur le papier, l’opération tient en une réservation. En pratique, ce trajet à sens unique est le premier point où les deux façons de faire la Route 66, seul ou au sein d’un groupe encadré, cessent de se ressembler. Le choix ne se résume pas à une question de budget ou de tempérament. Il décide de la manière dont vous passerez chacune de vos journées sur place.
Partir seul, c’est d’abord tout organiser seul
La liberté est réelle. Vous choisissez vos dates, vous restez deux nuits à Santa Fe si la ville vous plaît, vous faites demi-tour pour reprendre une portion de vieille route manquée la veille. Personne ne vous attend sur le parking à huit heures.
En contrepartie, tout ce qu’un circuit règle en amont vous revient. La location en aller simple, d’abord : la restitution dans une autre ville est souvent facturée en supplément, et tous les loueurs n’ont pas d’agence aux deux extrémités du parcours. Les nuits, ensuite, à réserver à l’avance ou à chercher chaque soir. Les bagages : deux sacoches pour deux semaines obligent à voyager léger. Et surtout le tracé. La Route 66 n’est plus une route continue mais une suite de tronçons d’époques différentes, parfois mal signalés, parfois interrompus, qu’il faut repérer avant de partir pour ne pas passer la moitié du voyage sur l’Interstate 40. En cas de crevaison dans le désert de Mojave, enfin, c’est vous qui appelez l’assistance du loueur, en anglais, et qui attendez au bord de la route.
Ce que l’on achète vraiment avec un groupe guidé
Un circuit encadré vend d’abord du temps de préparation épargné et une prise en charge des imprévus. Le guide connaît les tronçons praticables, les haltes qui valent le détour et celles qui ont fermé. Les bagages voyagent à part, ce qui laisse la moto libre. En cas de panne, l’assistance technique est organisée par l’encadrement, pas par vous depuis le bas-côté.
Le contenu exact varie d’une offre à l’autre, et c’est là qu’il faut lire les fiches de près. Sur un circuit guidé de Los Angeles à Chicago en Harley comme celui de Wild Travelers, affiché à partir de 4 043 €, le prix comprend notamment les vols depuis Paris, la moto en kilométrage illimité, un guide francophone sur l’ensemble du trajet, le transport des bagages et les hôtels. Les repas, l’essence et les entrées des sites restent à la charge du voyageur. Ce partage est fréquent dans les formules à prix serré, et il faut l’avoir en tête au moment de comparer avec le budget d’un voyage en solo, où l’on doit tout compter, du billet d’avion au dernier plein.
Le rythme, principal prix à payer en groupe
Douze jours de route pour environ 3 700 kilomètres, cela représente un peu plus de 300 kilomètres par jour en moyenne, sans compter les arrêts. Le programme est fixé, les hôtels aussi : impossible de s’attarder une matinée de plus à Oatman ou de bifurquer vers un site qui n’était pas prévu. Rouler à plusieurs impose en outre une discipline, avec des distances à respecter entre les motos, des pauses communes et une allure qui n’est pas forcément la vôtre.
Ce cadre a cependant une vertu qui n’apparaît qu’à l’usage. Sur des routes inconnues, avec une signalisation en miles et des règles de priorité qui ne sont pas celles de la France, pouvoir se concentrer sur la conduite et le paysage plutôt que sur la carte change la fatigue d’une journée. C’est souvent au dixième jour que l’on mesure la différence.
Reste la dimension humaine, que les fiches techniques passent sous silence. Partir en groupe, c’est partager deux semaines avec des motards que l’on ne connaît pas, leurs habitudes et leur conversation. Certains y trouvent la meilleure part du voyage, d’autres s’en lassent vite. Partir à deux au sein d’un groupe est un compromis fréquent : on profite de l’encadrement sans dépendre des autres pour la compagnie.
Comment trancher sans se tromper de voyage ?
Deux critères départagent la plupart des cas. Le premier tient à l’expérience : avez-vous déjà voyagé à moto à l’étranger en gérant seul les réservations, les pannes et les imprévus dans une autre langue ? Le second porte sur le temps que vous êtes prêt à consacrer à la préparation, qui n’a rien d’anecdotique pour un itinéraire de cette longueur dès lors que l’on veut suivre les anciens tracés. Un voyageur aguerri et disponible tirera le meilleur du solo. Un premier grand voyage, ou des semaines chargées avant le départ, plaident plutôt pour le groupe.
Un test simple avant de vous décider : préparez trois étapes consécutives, Laughlin, Flagstaff et Gallup par exemple, en choisissant l’hôtel de chacune et en repérant le tronçon de vieille route qui y mène. Si cette soirée de recherche vous amuse, le solo vous conviendra. Si elle vous pèse, rappelez-vous qu’il faudra la recommencer pour une douzaine d’étapes.
